Le long de la cote…

La récréation est finie, la nuit a englouti la beauté des crépuscules, les plages, les chemins cotiers se sont tus et ne parleront plus, les mots, les regards, les promesses, les instants forts et les secrets partagés, l’émotion intense d’un amour qui se délivre, tout ça n’existe plus, balayé, piétiné, humilié…!

L’espoir, les défis et le souffle de la vie sont à nouveau dans leurs cages, l’ordre règne à nouveau sur Santiago, le malheur retourne au malheur, la tristesse à la tristesse, la souffrance à la souffrance et moi à ce destin qui quand j’en vois d’autres me semble bienheureux, à ce destin empli de fulgurances et de drames mais si vivant…!

Un intermède, une parenthèse enchantée qui aura duré un mois, un mois jour pour jour, le temps d’une permission de sortie négociée…Un mois pour ressentir la joie, la libération et le bonheur dans les yeux d’une personne aimée, lumineuse, mais aussi merveilleuse que condamnée, un mois pour que brille le soleil, un mois de sursis avant l’inévitable reddition, l’inévitable renoncement, cette chute attendue, ce renoncement à vivre ce que vous offre la vie, cette peur de réussir qui vous fait tout polluer, tout rater, tout gacher, meme l’épanouissement des sentiments les plus beaux et les plus forts, des plus belles chances, des plus beaux des moments, des plus belles des certitudes…!

Les chemins cotiers ont quelque chose de magique…Ils ne sont pas une photo, un instantané que l’on range dans une boite, un instant sublime mais mort, ils sont des chemins, ils se parcourent, ils se conquièrent, ils sont un défi, pas un éblouissement qui par miracle durerait toujours, il n’y a pas de miracle, il n’y a que des chances, leurs bords parfois abrupts font peur, leurs pentes parfois raides font douter, leurs rochers vous disent parfois de renoncer, de revenir à la confortable médiocrité, les chemins cotiers ont quelque chose de magique mais ils se méritent…!

On doit se donner à eux, croire en leur beauté et puiser son énergie et sa force en eux si l’on veut qu’ils dévoilent leur magie et leur vérité, ils sont une route, ils sont le souffle, ils ont leurs évidences et leurs difficultés, ils sont la vie, le risque que l’on prend pour exister, pour parvenir enfin à s’accepter, pour etre libre d’etre soi meme, pour parvenir à ce que l’on veut de soi et de la vie…!

Ne voir en eux que l’éblouissement d’un instant de grace, attendre assis que cela recommence, attendre qu’ils donnent tout, rester immobile, reculant déja en essayant de croire que de chemins ils vont devenir une parfaite porte du paradis, s’arreter sur leurs cotés et les interroger vainement en tournant en rond, tater, tester sans cesse leurs détours et leurs difficultés, c’est oublier que ces chemins sont magiques, qu’ils sont sensibles, qu’ils sentent tout…!

Alors, tout se paralyse jusqu’à ce que les caillouxs ne redeviennent montagnes, ne pas croire en eux, s’y livrer à reculons comme pour se persuader que tout sera toujours impossible, meme dans leur lumière craindre d’avancer, de vivre pleinement ce qu’ils inspirent sans regarder en arrière, c’est se condamner à les voir s’embrumer, c’est se condamner à se perdre, c’est se condamner à tomber, à sombrer dans ses ornières, à échouer encore et toujours…!

Echouer et renoncer, renoncer et revenir, retourner à ce que l’on ne veut pas, à sa peur et à la facilité de la reddition, à cette si médiocre mais si rassurante cage, cette cage qui étouffe, où il ne se passera jamais rien mais au ronronnement familier, cette cage que l’on sait sans avenir si ce n’est celui de la flétrissure, mais cette cage aux mots si faciles, cette cage sans risques où il n’y aura dans une paisibilité neurasthénique qu’à attendre que ne vienne la vieillesse en souffrant de toujours devoir conserver en soi les douloureux vestiges d’un instant d’espoir et de liberté…!

Les chemins cotiers ont quelque chose de magique…Oui, ils sont vivre et tout le monde ne peut pas vivre, avoir confiance en soi, croire en soi, croire en ce que l’on ressent, croire en la vie, se débarrasser de ses peurs, de ses scories, oser donner pour recevoir le meilleur, oser recevoir pour donner le meilleur, oser se donner le droit d’etre aimé oser se donner le droit d’aimer…Oser se battre et faire face, oser vivre et avancer…!

Stagner, reculer, avoir mal, se faire mal sont parfois si ancrés dans des destins que les chemins cotiers seront toujours trop difficiles, trop inaccessibles, trop beaux, parfois quand la vie vous a fait trop de mal, vous ne savez plus, ne pouvez plus vous donner à elle, vous ne pouvez plus que vous abriter derrière vos tourments, vos impasses, vous ne pouvez plus vivre, juste vous faire encore un peu plus de mal et en faire aux autres pour finir de vous persuader que décidément vous ne méritez rien…!

Oui, les chemins cotiers ont quelque chose de magique, ils ne se dévoilent dans toute leur amplitude qu’aux vivants, parfois les fantomes, quittant pour un instant leurs limbes font mine de les emprunter, croyant l’espace d’une seconde qu’ils sont encore en vie, qu’ils ont encore le droit de prendre à pleines mains les choses et les saveurs de la vie, croyant pour une heure pouvoir échapper à leur destinée, à ce boulet qu’ils portent et qui ne peut que transformer leurs plus beaux chants en plaintes lugubres et sinistres…!

Croyant etre enfin libres, sur ces si beaux chemins, les fantomes reprennent forme et vie et devenus sirènes, ils entonnent les plus agréables et mélodieux des chants, de ces chants qui vous entrainent mais les ames perdues aussi belles soient elles ne peuvent dépasser le reve et sont condamnées à ne toujours y voir qu’un instant de répit dans ce malheur et cette tristesse qu’elles portent chevillées au corps, chevillées en elles, un répit avant de retourner à leurs chaines, à leurs fatalités et à cette incapacité d’exister dans le monde des vivants, de progresser, de s’épanouir, elles reveront, toujours, elles souffriront, toujours…!

Et les vivants reprendront leur route sur ce chemin de la vie, si difficile mais si beau, ils l’arpenteront inlassablement, parce que c’est leur destin de vivre, ils passeront comme la rumeur et au loin leurs baisers les suivront posés comme des soleils révolus sur les lèvres et sur les fronts de ces merveilleuses ames tourmentées qui toujours resteront là, envasées, condamnées à se flageller le restant de leurs vies aux fouets de leurs renoncements, aux fouets de leurs regrets et de leur impuissance…!

La récréation est terminée, la souffrance retourne à la souffrance et moi à moi, mais toujours je conserverai à l’intérieur de mon etre cette sensation unique et enivrante d’etre aux cotés de quelqu’un qui enfin ose se libérer, ose dire les vrais mots et vivre ce qu’elle ressent, cet élan, cette joie profonde, ce repos, cette lumière, ce plaisir, meme éphémères, ces instants où j’ai eu le privilège de voir le bonheur dans les yeux de quelqu’un que j’aimais, ils resteront en moi, tout comme restera en moi cette douleur quand à nouveau la lampe s’est éteinte, quand à nouveau la joie et l’espoir sont retournées à leur cachot…!

Pour moi va continuer la course, de drames en renaissances, l’aventure de la vie va se poursuivre et comme tous les hommes libres je me retrouverai sur ces chemins qui parfois le soir, au hasard d’un crépuscule me parleront d’une ame qui à ne pas pouvoir vivre s’est perdue, d’une ame qui fut à mes cotés le temps d’un songe et ne sut accepter d’exister, qui n’osa pas ne pas se sacrifier et ces soirs là, souvenirs de la plus belle de mes haltes, d’une halte qui aurait pu, qui aurait du etre une vie, montera un cri, ce cri que poussa un jour un écrivain, c’est toujours Mozart qu’on assassine…!

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