D’un siècle à l’autre

2020, écrire 2020 que voilà une idée qu’elle est bonne…! De peur en crainte, de vies confinées en libérations anarchiques, d’injonctions contradictoires en masques erratiques et magicisés, de totémisations Raoultiennes en utilisations Foucaldiennes de la santé publique, de boulots perdus en épargnes record, de tables de bistrots proscrites en métros bondés, le tableau est éparpillé, illisible, ridicule…!

Un flou qui est sans doute artistique…Après tout la vérité est dans l’art disait l’autre…En même temps quand on voit où il en est le monde de l’art, ça veut tout dire…!

Si, une chose au moins est rassurante, on a désormais la certitude que le ridicule, les ridicules, là aussi on a le choix, ne tue pas…!

Ça servirait à quoi de parler de 2020 ? Il épuise la Terre entière 2020 et moi avec. Et d’ailleurs à dire vrai, au bout de 20 années d’expérience c’est le 21eme siècle qui me fatigue. Ce vieux machin qui croit réinventer le Monde quand il n’est qu’une resucée grandguignolesque, entre horreur et farce sinistre de l’autre, de ce raté de l’histoire mondiale, le pathétique 19e…Néoconservatisme qu’ils appellent ça, ouaip…!

Ce soir j’ai envie de me rappeler d’autre chose, d’un autre siècle, de celui qui me vit naitre, pas fameux à ce qu’on en dit, ben tiens…! En meme temps ce n’est pas faux. Et meme vrai quand on regarde le prix humain de ses errements. Il a péché…Comme d’autres…Mais au moins a t’il péché à force de porter trop d’espoirs, de fulgurances et d’idées…!

A force de vouloir élargir la scène, il a parfois, souvent, fait péter tous les murs du théatre c’est vrai, mais avec cette folie qui est celle de la jeunesse, inconsciente et ivre d’elle meme, elle vit. Il s’est perdu mais au moins, il portait la vie. Il la portait trop et mal, à force de se penser historique, il s’est perdu dans les convulsions de l’histoire, finissant par rencontrer la mort. Mais il avait le souffle, ce souffle un peu fou des grands siècles. Ce vent tempétueux qui fait se propager les plus beaux chants autant qu’il allume les incendies…!

Ce siècle avait deux ans…Ainsi commence le poème de Victor Hugo, unique beau, sublime et définitif. Le mien en avait 70, ce n’est pas prétention mais admiration que de vouloir reprendre ces vers pour revenir vers un siècle, ils me font rever depuis ma plus tendre enfance, Ce siècle avait deux ans…Juste génial ! Enfin bref, allons y !

Ce siècle avait soixante dix ans et je naissais, je naissais sous les auspices d’une ville, déja porteuse, alors, de tous les symboles que prendra plus tard une Petite Couronne Parisienne étouffée et gentrifiée par le siècle à venir. Proche, déja de Victor Hugo, je naissais en son boulevard…Je naissais donc, sous les auspices d’une ville et d’une coupe du monde de football…!

Je naissais dans un siècle déjà vieux mais qui ne le savait pas encore. Agité qu’il était par ce qu’il croyait etre son apothéose et qui n’était que sa dernière et maladroite convulsion, il croyait encore qu’il était l’avenir, il croyait presque que du nord au sud, de l’est et meme jusqu’à l’ouest il était en train de gagner la partie, sa partie…!

Parce qu’il était là pour ça, depuis sa jeunesse il voulait transformer le monde. C’était son ambition, c’est pour ça qu’il était là, en finir avec la hargne, la violence sociale et l’obscurantisme revenu du 19eme siècle. Cette vieille fille Victorienne, bigote, coincée, raciste et massacreuse qui croyait avoir définitivement éteint les lumières allumées par son prédécesseur. Ce siècle déja néoconservateur sans le savoir, persuadé avant l’heure que, comme dirait l’autre un jour de 1973 au Chili, l’ordre règne à nouveau à Santiago…!

Ce siècle, sans doute un peu arrogant, il faut dire qu’il avait beaucoup de choses pour lui: La jeunesse, une population nombreuse ankylosée par le harnais d’un sénile et despotique siècle, qui ne demandait qu’à se dégourdir. Il avait pour parrains la raison, la science, l’industrie et la technique. Son art lui meme était neuf, vif, inventif. Réflexion esthétique ou manifeste politique, dans tous les cas, une chose était sure, il voulait éclater les normes.

Avec lui, l’humain allait enfin naitre, débarrassé des vieux despotes, libéré de l’ignorance par l’école, délivré de l’emprise des cultes et des superstitions, enfin l’humanité pouvait apparaitre en toute clarté et justice. L’humanité allait pouvoir se redécouvrir, se transcender et enfin, dans sa multitude pouvoir atteindre cette lumière vaguement entrevue au 18eme. A sa naissance il était ça, un Monde nouveau pour un Homme nouveau…!

Du passé on allait forcément faire table rase, il était le passé, on est l’avenir…Ce n’était plus ailleurs et après, quand après s’etre courbé toute une vie sous les tous les jougs, il fallait en plus dire merci et demander pardon…Non, ça allait etre ici et maintenant. Belle promesse, belle ambition…Trop belles, terriblement trop belles. Il tint des promesses, il en trahit, il fut trahi et empeché et termina là où il avait débuté…!

Il termina là où il avait commencé quand les vaincus de sa naissance : moralistes étroits, théocrates totalitaires, apotres de la prédation et de l’anarchie économique, exécuteurs de la Raison prétendant que les conséquences n’ont pas de cause, sophistes de la démocratie n’agitant que le drapeau facile et rétrograde de la démagogie. Tous, sous l’air de l’hymne à la joie vinrent prendre leur revanche. Et pas à pas, méthodiquement ils vinrent détruire, déconstruire ces progrès acquis pour l’humanité. Une humanité qui pour un moment, leur avait un peu echappé…Oh, peu, très peu, mais c’était déja trop…!

Alors, quand vint la fin de ce siècle, l’ordre ancien affublé des oripeaux d’un monde qui se prétendait nouveau, remit l’humanité sous coupe réglée. Mais les faits sont tetus et meme cuisiné à la sauce Facebook ou Instagram, Adolphe Thiers restera toujours Adolphe Thiers. Il vous parlera de High Tech et de Start Up, mais, de la meme façon qu’il ne pourra, comme un amusant hommage involontaire à Lacan, qu’employer le mot réel pour désigner la réalité, jamais à la fin, il ne pourra faire autre chose que massacrer la Commune, il ne sait faire que ça…!

Et nous voilà, ce soir, en 2020, dans une apothéose de ce monde qui croit qu’un conservatisme peut etre nouveau, qui croit créer quand il radote betement ses vieilles antiennes. Témoin blasé et à vrai dire presque souriant de cette concentration crispée et apeurée des contradictions de ce monde, de ce siècle à peine trentenaire et pourtant déja si vieux, je m’interroge. En parler, la dire cette époque ? Non, décidément non, je le laisse à qui en veux et retourne à mes livres d’histoire, jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau sorte du livre.

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